La corrida

4

19 août 2012 par lavieandalouse

Voulant découvrir la culture espagnole et particulièrement celle andalouse, la corrida de toros faisait partie des expériences à vivre, et ce malgré ma propension à penser que la corrida s’apparentait plus à de la torture qu’à autre chose. Interdite en Catalogne depuis 2010, la corrida est encore très pratiquée en Andalousie et compte de nombreux aficionados, précisons d’ailleurs que la personne ayant ouvert la saison de corrida à Malaga n’est autre que M. l’Ambassadeur de France.

A priori, j’étais contre la corrida. Quel est l’intérêt de tuer des taureaux lors d’un spectacle? Comment ne pas être choqué ? Les espagnols sont-ils cruels? Néanmoins, je voulais me forger mon opinion sur la corrida de toros en connaissance de cause. Le 13 août à 19H, nous étions donc dans les gradins de l’arène de la Malagueta.

  • Premier taureau, premières impressions

Première impression, la chaleur! On cuit dans les gradins, d’autant plus qu’on a pris les places les moins chers, c’est-à-dire les plus hautes et les plus exposées au soleil. Après la parade de tous les participants de la corrida, le paseo, le premier taureau entre dans l’arène. Énergique, il court vers toutes les capes roses et jaunes, la capote, cogne contre les barrières de bois derrières lesquelles se protègent les toréadors. Puis deux chevaux matelassés entrent, conduits par des hommes avec de longs pics. Le taureau voit le cheval bouger, il le charge sur le flanc, plante ses cornes. Je crie « OH NON IL VA TUER LE CHEVAL ». Le cavalier plante le taureau dans le dos pendant un temps assez long. Puis le taureau est attiré ailleurs. Les deux cavaliers quittent l’arène. Arrivent 3 toréadors avec un petit pique coloré dans chaque main. Chacun leur tour, ils courent vers le taureau et le plantent au garrot. Le taureau saigne le long de sa patte avant et parait déjà nettement moins gaillard. Et enfin, le matador entre, fier, macho, le public l’applaudit, il lance son chapeau au milieu de l’arène, on m’explique après que cela signifie qu’il dédie la corrida au public. A l’aide de sa petite cape rouge, la muleta, il fait danser le taureau autour de lui. La proximité est maximale. Puis il sort son épée. Après quelques passes, il la plante dans son cou. Le taureau titube, il s’affaisse et saigne par le nez et la bouche. Il meurt. Pour être sûrs que la bête est bien morte, ils lui plantent un poignard dans le crâne en touillant légèrement. On entend crac. JE SUIS CHOQUEE. Des chevaux attelés trainent le taureau mort hors de l’arène et les areneros viennent nettoyer avant l’arrivée du prochain taureau…..Ah bah oui dans chaque corrida il y a 6 taureaux !

Los areneros et le train d’arrastre

Après ce premier choc, j’ai tenté de regarder la corrida différemment, en me concentrant sur les codes de la tauromachie. J’ai alors remarqué la musique, la réaction du public et la composition.

  • Le tercio de pique

Tout d’abord, le taureau est testé. C’est le président qui décide s’il est assez vaillant ou non et si la corrida peut commencer. Lorsque le taureau est jugé trop faible, il est attiré hors de l’arène (par des bœufs) et est remplacé par un autre. Lorsque le président juge le taureau convenable, est sonné un air de trompette signifiant le début du premier tercio et l’arrivée dans l’arène des picadors. Les chevaux sont matelassés et leurs yeux sont bandés. Le picador se place de manière à ce que le taureau le charge sur le flanc. Il le pique alors afin de calmer le taureau et de réduire ses forces musculaires. Une fois que le taureau ait été piqué deux trois fois, la trompette sonne, signifiant le début du deuxième tercio.

Primer Tercio

  • Le tercio de banderilles

Entrent alors des peones, qui doivent planter des banderillas, sortes de harpons décorés aux couleurs de leur ville. Ils s’élancent face au taureau, entre ses cornes, et lui plantent à la base du cou puis se précipitent derrières les balustrades. Trois paires de banderillas sont généralement plantées.

Tercio de las banderillas

  • Le tercio de mise à mort

Lorsque le matador entre dans l’arène pour le tercio final, le taureau est déjà ensanglanté et affaibli. Le matador est fier, le port altier, il bombe le torse. C’est peut être l’homme le plus macho de la terre…et portant il est habillé en moule bite à paillettes. Le face à face entre le taureau et la matador passe par le regard, on sent la tension entre les deux, voire même la communion. Le matador effectue des passes avec sa muleta, petite cape rouge. Toutes ces passes sont extrêmement codifiées, certaines plus prestigieuses que d’autres. Le public les connait et crie Olé! lorsque le matador réussit sa passe. Ce qui nous impressionne c’est la façon dont le matador parvient à maîtriser la bête. Il arrive à l’immobiliser et lui tourne le dos sans crainte. Enfin, vient le moment de l’estocade. Néanmoins, il arrive que le matador n’arrive pas à planter l’épée en une fois, la bête souffre, le public siffle de mécontentement. Si le taureau est tué correctement, le public peut agiter des mouchoirs blancs et crier « Oreja! ». Le matador a alors le droit d’avoir l’oreille du taureau, il peut la garder ou l’offrir à une personnalité. Sur les 6 corridas de ce jour, seules 2 ont eu le droit au mouchoirs blancs du public. Il s’est avéré que le plus talentueux des matadors du 13 aout était une femme…!

Tercio de la mise à mort

  • Torture gratuite ou Art ?

Après avoir vu cette corrida, je dois avouer que je ne suis plus si catégorique. Le « spectacle » est prenant. La musique qui accompagne les trois tercios, les costumes, la prestance et la maitrise des toréadors rendent le spectacle « beau » voire magnifique quand le matador n’a pas à s’y prendre plusieurs fois pour achever le taureau. Bien sûr le taureau souffre, mais souffre t-il plus qu’une oie qu’on gave puis qu’on tue pour son foie ? Je précise aussi que le taureau est vendu dans les boucheries de la ville après la corrida. Spectacle macabre, la corrida est-elle un Art ou de la torture esthétisée ?…

Est-ce que le monde est sérieux ?

Le tour de l’arène par un matador acclamé par le public

Publicités

4 réflexions sur “La corrida

  1. Christine dit :

    Tu nous fais vivre ce moment de façon très vivante, on s’y croirait ! Il est intéressante de connaitre les codes de la tauromachie, et de l’avoir vu au moins une fois avant de critiquer, pour autant, tout comme toi je suis contre, mais je peux comprendre l’engouement de certains adeptes.

  2. Daniel dit :

    En effet, on ne peut pas séjourner en Espagne en faisant l’impasse de cette culture forte au pays qu’est la tauromachie. Au delà des origines, chacun ses opinions sur cette pratique, néanmoins, je n’approuve absolument pas ce style de barbarie.
    Malgré de belles cérémonies, de belles musiques et de beau costumes typique avec leur « moule bite à paillettes » comme tu dis…c’est pour mieux voir leurs corones…! Cela reste une pratique qui a mon sens n’est sans comparaison avec le gavage des oies. Torturer des pauvres taureaux gratuitement, reste quand même un acte assez particulier ! même si le gavage des oies est source de polémique….cela reste qu’un acte de boulimie pour but de nourrir l’humain. La tauromachie ça nourrit que la vanité des matadors…!!
    Ceci dit….le monde bouge et le machisme s’estompe peu a peu…..pour preuve, la catalogne a eu le courage de supprimer les corridas, quand au autres régions elles acceptent aussi d’avoir comme matadors des femmes….!
    On peut toujours s’amuser avec ses animaux au lieu de les faire souffrir si cruellement, en organisant comme dans les landes ou la Camargue, des courses de vachettes dans les arènes ou les toros piscine.

    • Comme dit Emile Zola, « la corrida, n’est ni un art, ni une culture ; mais la torture d’une victime désignée ».
      Néanmoins, je ne suis pas si catégorique que toi. Ce qui te choque c’est faire de la mort d’un animal un spectacle. Mais justement, j’ai trouvé que la corrida anoblissait le taureau. Il est mis en valeur, contrairement à toutes les façons possibles et inimaginables que les hommes utilisent pour tuer les animaux. Historiquement, la corrida vient du culte du taureau, propre à tous les pays méditerranéens.
      Je comprends ton point de vue mais je ne vois pas en quoi c’est différent du gavage d’oies (qui souffrent pendant des mois avant d’être tuées), de la chasse (qui est plus un divertissement qu’une façon de subvenir à ses besoins aujourd’hui) ou même de la pêche (on attrape un poisson en lui défonçant la mâchoire et on le relâche parce qu’on sait pas quoi en faire!)…
      Je ne suis pas POUR la corrida, mais de la même manière que je ne suis pas POUR la chasse et la pêche récréatives !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :